Le commandant de l'Office central de lutte contre le travail illégal et la fraude sociale a présenté dans les grandes lignes les méthodes d'escroqueries à l'échelle industrielle.
(illustration) ( AFP / PHILIPPE HUGUEN )
Centres de santé "100% fictifs", médecins "complices" payés en espèces, blanchiment: la fraude à l’Assurance maladie "se professionnalise" et "s'industrialise", avec des méthodes empruntées au crime organisé, a alerté jeudi 16 avril un général de gendarmerie chargé de lutter contre la fraude sociale.
Depuis quelques années, dans les enquêtes menées avec l'Assurance maladie notamment sur les "centres de santé frauduleux", "on observe une industrialisation" des escroqueries, a déclaré José-Manuel Montull, commandant de l'Office central de lutte contre le travail illégal et la fraude sociale (OCLTI), lors de la conférence de presse annuelle de l'Assurance maladie sur la fraude.
Un temps d'avance sur les contrôles
Entre 2021 et 2024, "on avait des centres de santé avec une offre de soins réelles, mais des surfacturations ou facturations d'actes fictifs". "En 2025, on a plutôt vu des réseaux d'escrocs" créant des centres de santé "100% fictifs" et "jouant sur la vitesse" pour extorquer des remboursements de soins à l'Assurance maladie. "Comme un braqueur de banque, qui sait en combien de temps arrivera la patrouille (...) ils ont intégré dans leur stratégie le temps de réaction de la puissance publique", a-t-il poursuivi.
Ils utilisent des "modes opératoires très similaires à ceux de la criminalité organisée" , a-t-il jugé. Les escrocs rachètent des centres de santé en difficulté, notamment associatifs, et, "le plus rapidement possible, génèrent des demandes de remboursement fictives". Ils corrompent parfois "des professionnels de santé complices", notamment des médecins généralistes, qui reçoivent des "valises d'espèces, en contrepartie d'ordonnances", a-t-il dit. Et ils utilisent des données de patients volées achetées sur le darknet, a-t-il ajouté.
Les "cerveaux" peuvent "être installés à l'étranger, notamment dans des pays non coopératifs". Ils utilisent aussi des "blanchisseurs" d'argent installés notamment à Dubaï, "qui proposent de transformer votre argent en cryptomonnaie", a poursuivi le général. Comme dans un réseau criminel, les escrocs "ne se connaissent pas entre eux", ne communiquent pas par téléphone, envoient directement de l'argent vers des comptes à l'étranger. "Ils ont toutes les techniques. Il ne manque que la violence", a-t-il conclu.
L'OCLTI observe depuis peu "des convergences" entre fraudeurs et réseaux de narcotrafic: les narcotrafiquants "écoulent leurs espèces" auprès des fraudeurs, qui peuvent ainsi régler les médecins ou "bancariser" cet argent, via diverses "sociétés éphémères", souvent domiciliées à l'étranger. "Ces gens se rencontrent dans les petits clubs parisiens, autour de la consommation de cocaïne. C'est là que se font les nœuds conspiratifs", a-t-il ajouté.
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